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Le Festin de Fumée de Denis Hamel par Marie-Anne Bruch

vendredi 14 octobre 2016, par Cécile Guivarch

Le Festin de Fumée est un recueil important pour moi, pas seulement parce que Denis Hamel est mon ami et qu’il a écrit une belle dédicace à mon intention, mais aussi parce que j’ai lu ce recueil plusieurs fois depuis les deux dernières années, et que j’y découvre chaque fois des phrases et des images qui me touchent et que je n’avais pas remarquées plus tôt, ce qui est la marque des livres que l’on aime relire.

Ce recueil, avec son découpage en trois parties, n’est pas un récit chronologique mais un triptyque thématique, présentant le parcours évolutif d’un homme sur plusieurs années.

Dans la première partie, d’une grande mélancolie, l’auteur est en proie à la maladie psychique, à la mélancolie, il prend des psychotropes et se promène dans les rues de son enfance, à la fois calme et résigné. A la fin de la première partie, il est emmené à l’asile en ambulance mais ne se sent ni heureux ni malheureux.

Dans la deuxième partie, le poète traverse une crise violente, où il remet toutes les valeurs en question. Dans ces pages teintées de colère et de révolte, même l’amour est source de rage et d’agressivité, la société et ses fausses valeurs se présentent comme toxiques et menaçantes. Le poète est parfois tenté de faire des bilans de sa vie et se sent oppressé par un sentiment d’échec, si ce n’est de désespérance.

Dans la troisième partie, le poète est toujours tenté par les bilans mais il a dépassé les notions d’échec ou de réussite et semble nourrir des sentiments plus apaisés. Il recherche un chemin vers l’espérance et envisage plusieurs planches de salut, y compris le dieu des croyants et bien qu’il n’y croit pas tellement. Il cherche des choses auxquelles se raccrocher, parmi lesquelles la poésie, sans toutefois s’illusionner excessivement.

Denis Hamel se livre beaucoup à travers ces poèmes, s’examine parfois, fait l’état des lieux de sa situation sociale, psychique, sexuelle, professionnelle, avec une morosité désabusée qui peut paraître lucide.

Les objets qui sont pour lui des voies d’espérance ou des recours sont aussi par moment des voies de découragement et de morosité, comme ces « visages aimés qui perdent peu à peu leur lumière » répondent à « ce visage aimé qui semblait plus vrai que la matière », ou comme la lecture, présentée comme une « planche de salut », alors qu’il était dit plus tôt « le savoir est décevant » et « lire ne suffit pas ». Ce double mouvement vers l’espérance et vers le découragement ne sont pas sans évoquer le très baudelairien « spleen et idéal ».

Une autre chose remarquable dans ce recueil, c’est le mélange de notations très réalistes, parfois même triviales dans de rares moments de révolte, et la présence de visions et de fantasmes très oniriques, tel ce « visage seul à l’air libre » qui apparaît « à l’intérieur de l’arbre » ou encore ce poème nommé Procession dans lequel on suit un sacrifice animal réalisé par un prêtre à face de corbeau. Ce mélange laisse des impressions fortes au lecteur, qui s’inscrivent durablement dans sa mémoire.

Marie-Anne Bruch


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