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Le Chat qui tousse, entretien avec Franck Cottet

dimanche 3 avril 2016, par Cécile Guivarch

Comment est née la maison d’édition Le Chat qui tousse ?

Les Editions du Chat qui tousse sont nées de la volonté d’offrir au plus grand nombre de lire de la poésie, en proposant des textes qui n’excèdent pas 35 pages d’une part et qui d’autre part restent à un prix raisonnable. 6 euros à l’heure actuelle.

D’où vient ce nom « Le Chat qui tousse » ?

Le nom vient d’un de mes chats, qui à l’époque de la création de la Maison d’édition s’est fait renverser par une voiture et, de fait, n’avait plus de poumons. Il toussait donc à chaque fois qu’il bondissait sur le rebord d’une fenêtre ou sur le dossier du canapé.

Quelle(s) écriture(s) souhaitez-vous défendre ?

Une écriture libre et vraie. Une écriture qui parle d’émotion(s), une écriture qui interroge, qui laisse vivre, qui suggère, qui murmure, qui fredonne, qui se laisse aller, une écriture que l’on peut (em)porter partout avec soi.
Peu importe les écoles, les tendances… ce qui m’intéresse c’est tout cela, ce qui me touche c’est tout cela. La qualité littéraire bien sûr, aussi. Le travail.

Comment choisissez vous les auteurs que vous allez publier ?

Généralement, les auteurs, je vais les chercher, parce que je suis d’abord un lecteur, un auditeur, parce que leur écriture correspond à ce que je construit avec le Chat qui tousse, parce qu’elle peut représenter une qualité littéraire, une sensibilité qui me plait et parce qu’elle peut être une pièce du puzzle que représente le catalogue du Chat qui tousse.

Quel est votre meilleur souvenir d’édition ?

Sans doute aucun, la publication de Son histoire de Sophie Masson. Sophie est quelqu’un que j’aimais beaucoup et avec qui j’ai correspondu pendant trois ans après que j’ai accepté de publier son tapuscrit. Profondeur, sincérité, vérité de l’être…
Après, j’ai été très heureux de la publier à nouveau avec Les Anges tranquilles, que je considère comme l’un des meilleurs titres du catalogue.

Etre un petit éditeur, rencontrez vous des difficultés.

Ce serait mentir que de dire le contraire. La première difficulté c’est soi-même, le manque de temps pour tout faire seul… courir après le temps. La seconde c’est la diffusion et la distribution. Cette difficulté est liée à la première. Je n’ai pas les moyens d’avoir un diffuseur. Il faut donc être son propre diffuseur. Il me faudrait une seconde vie ! Et puis quand on va chercher de l’aide auprès des instances qui pourraient vous en donner l’écoute est parfois distraite et l’aide demandée sans suite…alors on est jamais si bien servi que par soi-même…

Organisez-vous des événements en parallèle à votre activité éditoriale ?

Je n’organise pas événements en parallèle à mon activité éditoriale en ce moment parce que je recentre mon énergie sur cette activité, ma vie personnelle ayant été assez bousculée ces dernières années, je vais d’abord à ce qui me passionne le plus : lire, faire des livres, les proposer au public. Cela dit, j’ai, par le passé organisé des activités en parallèle sous forme de cycles de lectures publiques dans trois différentes villes, Nantes et Angers étant les plus grosses et en collaboration avec une bibliothèque ou, comme à Angers, avec un café. Il n’est pas dit que je ne recommence pas un de ces jours, ou bien que je fasse autre chose sous une autre forme.

Quels sont vos projets à venir en termes d’édition et événements ?

En termes d’édition, il y aura, au printemps, la sortie de La corde aux seins de Cécile Godineau. Un texte court (11 pages), mais très fort, dont j’espère beaucoup de femmes s’offriront la lecture, puis, plus tard, vers l’automne Réconciliée de Jasmine Viguier. Un vrai bonheur !
En termes d’événements, je suis quelqu’un de fidèle, alors les gens pourront me retrouver au festival de poésie « Trouées poétiques » à Port Louis (Locmalo) le 13 mars prochain, puis les 19 et 20 mars au marché de la poésie et à la marche sur le chemin des poètes de Durcet (Orne), enfin, au marché de la poésie de Rochefort sur Loire début juillet (entre temps sera paru le livre de Cécile Godineau).

Pour compléter, des extraits des deux dernières publications du Chat qui tousse.


Un extrait de La Paume offerte de Jacky Essirard

La douleur joyeuse du plaisir

nous parlons du temps
oubliant qu’il est compté

musique en sourdine
fumée bleue
tu regardes en moi

au-delà de moi

*

ton oreille
contre ma bouche

je suis coquillage
qui raconte

mémoire océane
jamais à marée basse

*

certains d’être ensemble
dans la même seconde

nous tissons une voile complice
qui annule la distance

te regardant porter
lentement
le café à tes lèvres

je sais déjà
que nous ferons l’amour

*
tu danses sur un fil
en balançant les hanches
aller retour du désir
sur les lignes de la main

éclats de verre de l’iris
mon image inversée

ton innocence s’enflamme
dans l’incendie de mes paroles


Extrait de Poète –Rimbaud de Serge Torri

Mineur

____ La poésie scelle le sang du cosmos
____ à la lymphe sacrée du fugace immédiat

_ s’accommodant mal des surfaces
_ qui ne reflètent pas le fond
_ ni les hauteurs
_ si elles ne sont que des plateaux d’azur éteint
_ il écrit
_ _ décollé de son nom
_ _ _ et du masque rapide du temps

_ _ s’éveillent

_ ce qui chuchote dans le ciel des fontaines
_ ce qui murmure dans l’aride conscience des pierres

_
_

dans les blancs intervalles des mots
_ que ne peuvent percer
_ ni les lumières de la raison
_ ni les jeux des fallacieuses identités
_ il ébrase
_ _ _ un autre passage,
_ découvre
_ _ un désert soyeux
_ un foyer fertile
_ _ _ où le bleu radieusement s’initie et s’innerve
_ _ _ du haut
_ _ comme du profond

_ _ ou de ce qui solaire demeure

_ _ _ quand toutes les voix se taisent

la langue maintenant trempée d’infini

_ il creuse le temps
_ de son éternité
_ dans les ossements du silence
_ lèche les moelles
_ _ de la voix
_ _ _ nichée
_ _ dans la nuit de son corps
_ comme dans le souffle
_ de ce qui vibre
_ _ de cette vie en deçà de la première
_ _ _ et au delà de la dernière
_ _ lettre de son nom

le jour avance les yeux
_ dans le sans-issue ruisselant de la nuit

_ caillot ou grumeau flottant
_ noir
_ le mal serpente
_ sacrifiant
_ jusqu’à la langue

_ le blanc
_ ténébrant
_ en lui
_ jusqu’à la trace

_ ou jusqu’au pli

_
_

la langue
_ _ sous le bitume
_ _ éventrée

_ _ au bord de la route
_ _ il attend

_ _ une pelle de cendres
_ _ pour toute langue

_ _ arrachée

Le site des éditions Le Chat qui tousse

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_
(propos recueillis par Cécile Guivarch)


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