Terre à ciel
Poésie d’aujourd’hui

Accueil > Bonnes maisons > La revue Ayna

La revue Ayna

samedi 28 février 2015, par Cécile Guivarch


Ahmet Ada

AMOUR SANS ESPOIR

A l’autre bout du fil ta voix fleurit. – Mets-toi en
route et viens, dis-tu. Ta voix est très proche du murmure de la pluie.
Pourtant j’ai vu que l’été m’attendait. Le rouge des balsamines
est dans tes cheveux. Tu poses ta tête sur mes genoux. Tes cheveux
sentent le thé. J’étreins ton corps soudain surgit la voix de
l’amour. Sur mon palais le bruit sans fin des baisers. Les nuages
coulent de notre corps.
Tu fais infuser le thé cela ressemble à de la tristesse
Combien d’étés ya-t-il dedans et d’amours sans espoir
Le sais-tu sur la Terre il n’est
Aucun amour qui ressemble au nôtre
Je frappe à ta porte une vieille tristesse
Au seuil de l’été il ya un oiseau sans ailes
Quoi qu’il en soit un jour nous n’aurons jamais vécu
Ce ciel plein d’oiseaux

traduit par Jean-Luis Mattei

A l’heure actuelle, il n’existe pas sur le web français de site spécialisé qui fasse connaître la poésie turque contemporaine. Le public français a de plus en plus d’intérêt pour les romans turcs, l’augmentation du nombres de romans traduits en français le montre, mais il ne dispose pas suffisamment d’ouvrages pour avoir un aperçu de la création poétique turque. Le programme de littérature générale et comparée de l’agrégation 2011 présentait par exemple Nazim Hikmet, poète turc, or il s’est avéré que peu d’ouvrages étaient publiés sur la poésie turque et les étudiants n’ayant pas accès à la langue turque avaient donc moins de ressources de documentation que pour les autres auteurs au programme.

Aussi, j’ai conçu une revue numérique bilingue qui permette à tous, qu’ils soient francophones ou turcophones, d’avoir accès à un panel de poètes les plus populaires et les plus reconnus en Turquie. La revue s’appelle Ayna, ce qui signifie miroir en turc. La revue se veut en effet le miroir de la poésie turque en direction du public francophone. Le fait que la revue Ayna soit en version bilingue franco-turque et qu’elle présente les textes en langue originale lui donne également la vocation d’être un lieu miroir entre les langues et les cultures.

Cette revue numérique est gratuite et met en ligne des poèmes originaux, leurs traductions, leurs enregistrements sonores et des entretiens avec les poètes. Elle met également à disposition du public un aperçu de l’actualité des événements poétiques en Turquie. Ayna a pour objectif à moyen terme de présenter une base de données suffisamment importante pour constituer un espace de référence pour toutes les personnes intéressées par la poésie turque.

La revue a le parti pris d’être une revue annuelle. Les poètes invités sont amenés à s’investir dans la revue en apportant des enregistrements originaux, des photographies de leur(s) lieu(x) d’écriture, des vidéos, etc.

Lancée grâce au soutien de l’Université Montaigne et du Crous, la revue Ayna a vocation à devenir pérenne, elle a pour but non-lucratif d’informer et de diffuser de la culture, ici turque, en ce sens, elle participe à l’ouverture vers un pays méconnu et pourtant candidat à l’Union Européeenne.


Yusuf Alper

LES JOURS

Les jours, défilant avec leur cavalier sur le dos
Sont chacun un poulain bai maintenant.
Tandis que là-bas, dans le lointain un arbre seul
Avec une profonde mélancolie se penche sur lui-même
Tandis qu’avec l’amertume du poison dans sa bouche
Il crache et recrache les jours
Tandis qu’il se défait, comme d’une mue de serpent
Du passé sur lui, en un sursaut
Les jours, défilant avec leur cavalier sur mon dos
Sont un poulain bai maintenant et toujours.

Traduit par Alessandro Pannuti

La revue AYNA présente aujourd’hui 17 poètes turcs. Ce sont tous des poètes contemporains encore en activité. On y trouve des poètes de diverses périodes de la deuxième moitié du XX°ème siècle et du début des années 2000.
Ainsi, les poètes présents dans la revue comme Ӧzdemir Ince, Ataol Berhamoglu, Gülseli Inal sont des poètes qui ont été marquant dans le paysage de la poésie turque à partir de période des années 70. Ils représentent une poésie lyrique, intimiste, tout en se positionnant comme des témoins attentifs de leur temps. La génération des poètes comme Haydar Ergülen, Metin Cengiz, Salih Bolat sont assimilés à la période des années 80 ; leur voix sont bien évidemment diverses mais ils possèdent certains points communs, notamment celui d’avoir repris à leur compte l’héritage des grands poètes de la première moitié du XX°ème siècle (Nazim Hikmet, Orhan Veli, Attila Ilhan, Ihlan Berk…), reprenant de manière personnelle les travaux de ces derniers sur les registres, la forme et l’esthétique du poème. Plus précisément, Haydar Ergülen développe une poésie nourrie de sa culture alévie (courant hétérodoxe de l’Islam, influencé par les croyances chamanes notamment) ; poésie pleine d’humour et de philosophie. Metin Cengiz explore la veine lyrique, chargeant ses poèmes de sentiments amoureux et de révolte. Salih Bolat apporte une touche singulière avec des poèmes très condensés, souvent en prose, riches en images frappantes et concrètes.
Les poètes comme Nilay Ӧzer, Onur Çaymaz, Müesser Yeniay représentent la génération d’après (1990-2000). Ce sont des poètes en phase avec leur temps mais qui buttent contre l’impossibilité d’être au monde en pleine harmonie, du fait de la difficulté à se réaliser, notamment en tant que femme et au-delà en tant qu’individu libre face aux autres et à la société.
Nous avons signalé les traits marquant des poètes de ces différentes périodes dans le but de les situer et de montrer globalement leurs caractéristiques, ils mériteraient bien sûr d’en faire des portraits plus précis.
Cette poésie turque contemporaine est très dynamique, de nombreux poètes restent à être découverts par les lecteurs francophones, qu’ils soient des poètes confirmés ou de jeunes poètes. Il existe en Turquie de très nombreux festivals de poésie, de nombreuses revues papiers. Les gens aiment réciter des poèmes. La poésie représente un fond culturel qu’ils apprécient et reconnaissent comme leur ; de très nombreux poèmes sont mis en chanson et touchent aussi un large public.
Cette poésie offre différents visages et voix, différentes visions du monde, aussi variés et singuliers que la Turquie elle-même. Cependant, les poètes turcs arrivent aussi à donner une portée universelle à leurs poèmes.
La revue AYNA existe pour que le lecteur francophone ait un accès à cette poésie et ait envie d’en découvrir plus…
On peut suivre l’actualité de la revue AYNA directement par son site internet, http://revueayna.com/ou bien par le biais de sa page facebook

Claire Lajus, fondatrice de la revue AYNA


Müesser Yeniay

Un jour j’ai levé le ciel au-dessus de moi
la terre était nue

j’ai creusé en moi
j’ai entendu la voix de la houe
j’ai bu mon lait amer et je me suis couchée
il n’est pas tout blanc
les gens se sont rangés devant mon ombre
comme devant une nouvelle naissance
j’ai ouvert le monde
je suis entrée dedans il n’est
pas comme une huître
je suis montée à bord d’un nouveau navire
et j’ai pris avec moi cette vague que j’avais faite
tomber à la mer.

Traduction Claire Lajus


Bookmark and Share


Réagir | Commenter

spip 3 inside | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 Terre à ciel 2005-2013 | Textes & photos © Tous droits réservés