Terre à ciel
Poésie d’aujourd’hui

Accueil > Voix du monde > Journal intime de Guillaume Apollinaire, traduit en tchèque

Journal intime de Guillaume Apollinaire, traduit en tchèque

mercredi 12 juin 2013, par Roselyne Sibille

Traduction en tchèque par Jana Podhorska (paru le 14 mai 2013 chez Akropolis, Prague) http://www.kosmas.cz/knihy/182314/denik/

Guillaume Apollinaire, l’une des figures majeures des mouvements d’avant-garde, tenait également un journal intime dont le caractère particulier surprend dès les premières lignes. En effet, connu pour son style dense et imagé, il y dévoile son quotidien d´une manière beaucoup plus prosaïque, voire banale. A l´exception des poèmes contenus dans ce document et dont quelques-uns restaient inédits jusqu’à la publication du Journal, il s´agit très souvent d´assemblages de notes témoignant des rencontres quotidiennes et d’un vaste éventail d’occupations personnelles.

Le Journal reflète une période d’une vingtaine d’années sans que l’écriture soit guidée par une pensée unificatrice. Tantôt bavard et insouciant, tantôt court et mélancolique, Apollinaire poursuit la courbe de sa vie en regardant ses amis, des connaissances et même des inconnus qui ont su capter son attention de grand observateur. Sans aucun jugement, il tourne son regard vers eux pour transformer dialogues et bouts des conversations en scène théâtrale où dominent le non-dit et le silence. L’imagination se réveille et le dit ouvre l’espace à la curiosité.

Quant à la structure et la composition du Journal, plusieurs aspects nous échappent. Premièrement, tout en début du texte, quinze pages ont été arrachées et n’ont jamais été retrouvées. Deuxièmement, les feuilles portent les marques d’un système de numérotation plusieurs fois soigneusement retravaillé. Enfin, de nombreux indices font penser plutôt à son besoin d’organisation du texte ou à ses efforts pour établir une sorte de répertoire.

Les premières notes ont un caractère de témoignage et portent sur le séjour à Monaco qui remonte à la fin de 1898. Apollinaire les a juste introduits sous le titre : Documents.
Certes, l’importance primordiale de ces « histoires de la vie » se révélera un peu plus tard, mais déjà à cette époque-là, il se construit un solide réservoir d’histoires et de mots insolites.

La traduction souhaite rester fidèle à l´original dans le sens où l´écriture privilégie le caractère documentaire du style littéraire, quasiment dépouillé. La simplicité du langage des notes en prose est mise en contraste avec quelques poèmes, rigoureusement construits et souvent inédits, dont le lyrisme répond enfin au besoin de refléter le monde intérieur du poète. Cependant il est surprenant que le texte contienne relativement peu de marques de subjectivité de sorte que même le pronom personnel « je » est souvent omis ou négligé. Ainsi le langage devient d´une part plus familier et d´autre part révélateur d´une pensée plus complexe : parfois on aurait même l´impression que ce « je » disparaît, qu´il se cache derrière le récit autobiographique : « Vendu des Européen pour les massacrés de Kitchineff, au meeting de la rue Serpente. Vu Seignobos et causé avec Georg Brandes [...]. Couché avec Assunta, dite Suzanne, très brune. » Ce fait est d´autant plus frappant qu’Apollinaire s´identifiait souvent à ses personnages qui devenaient au fur et à mesure ses propres incarnations littéraires. Parfois c’est comme si sa vraie vie n’appartenait qu’à l´imaginaire, tandis que la réalité quotidienne faisait partie des sources de son inspiration.

Pour une traduction en tchèque, l´absence de certaines pages perdues est encore plus regrettable car il nous manque un témoignage de la période clé et très importante pour le paysage littéraire tchèque : le rapport de son voyage à Prague. Dans Zone on peut lire : « Tu es dans le jardin d´une auberge aux environs de Prague [...] », mais qui est finalement ce voyageur si impressionné par cette capitale ? Et quels sont ses souvenirs de ce passage ? Le Journal ne nous fournit pas de détails à propos de toutes ces questions mais il rend Apollinaire beaucoup plus familier aux Tchèques en gardant tout de même ses mystères.
Jana Podhorska
Juin 2013


Bookmark and Share


Réagir | Commenter

spip 3 inside | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 Terre à ciel 2005-2013 | Textes & photos © Tous droits réservés