Terre à ciel
Poésie d’aujourd’hui

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Faï fioc

dimanche 15 janvier 2017, par Cécile Guivarch

Entretien avec Jean-Marc Bourg par Cécile Guivarch

Terre à ciel : Sophie G. Lucas avait déjà repéré les éditions Faï fioc alors que la maison en était à ses toutes premières publications. C’était il y a deux ans. Depuis la maison semble avoir déjà gagné une belle notoriété. Qu’en penses-tu ?

Si la notoriété se mesure au chiffre des ventes, alors celle de Faï fioc peut encore croître sans problème ; si elle se mesure au nombre de manuscrits reçus, elle est indéniablement en hausse. Et il y a des gestes, des invitations, des discussions, des signes d’amitié, des retours de lecteurs qui de toute évidence sont encourageants. Et font plaisir.
Mais je ne suis pas très à l’aise avec cette notion de notoriété, flatteuse forcément. Vouloir être connu est une ambition ambiguë : légitime, car éditer, c’est-à-dire rendre public des textes et vouloir ne pas être vu serait un peu stupide ; mais dangereuse aussi : malgré la fragilité permanente de la petite édition, la concentration sur la découverte des textes ne doit pas céder le pas à la peur de disparaître, et du coup à l’aspiration maladive et répandue à être connu et reconnu. Mais il y a une telle peur de ne pas durer, qu’une forme de compétition, même involontaire, existe. Dont fait partie la course à la notoriété. Il faut, si c’est possible, s’efforcer de penser à plus long terme.

TàC : Réussir à "percer" dans le monde de l’édition, je suppose que c’est un vrai investissement, je parle en terme de temps passé, d’actions à mener, etc. ?

Je ne suis pas un éditeur professionnel ; je veux dire qu’éditer ne constitue pas mon métier ; j’en ai un autre, qui me fait vivre. J’édite donc en amateur. En plus. Dans les trouées de temps que me laisse mon métier, assez absorbant. En revanche, ces trouées-là sont bien remplies, effectivement. Car même amateur, j’essaie d’avoir une forme de conscience et de pratique professionnelles. Petit à petit (et je ne suis pas au bout de mes efforts) je remplis mes « devoirs » d’éditeur. J’apprends à m’acquitter des tâches techniques, administratives et commerciales, auxquelles je suis obligé de faire face. Je tente aussi d’être présent publiquement, sur des salons, lors de rencontres… Tout ça bien sûr aux dépens, question de temps, d’un champ plus passionnant qui est celui de la lecture, lecture des manuscrits bien sûr mais aussi lecture en général, qui est ou devrait être mon oxygène quotidien et ne l’est pas ; mais je ne désespère pas, un jour, d’avoir comblé tous mes retards.

TàC : Il y a deux ans tu ne semblais pas avoir défini vraiment de ligne éditoriale. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Ce sont les partis politiques qui ont une ligne, une orthodoxie. Une maison d’édition, je ne sais pas. Il y a comme une prétention, il me semble, à afficher ses intentions, ses certitudes. L’idéologie et l’édition ne font pas forcément bon ménage, ou bien c’est une question d’époque. José Corti avait osé une devise fière et modeste : Rien de commun. C’est la seule ligne possible : chercher le pas commun, mais laisser aux écrivains le soin de l’inventer.

TàC : Choisis-tu seul les textes, les auteurs ?

Avant de choisir, il y a l’approche, plus ou moins longue. En langage amoureux : les préliminaires. Rarement, pour ce qui me concerne, il y a coup de foudre. La période d’approche est complexe : lectures répétées d’un texte, parfois sur plusieurs mois, rêveries, rencontres et discussions avec l’auteur, ou avec des amis à qui on fait lire le texte – car il existe à Faï fioc un petit cercle, informel, mouvant, de lecteurs – je laisse ainsi faire le temps. Il me faut ça. Un écrivain déploie une langue, étrangère toujours, il faut apprendre à la déchiffrer, puis la comprendre avant de s’y sentir éventuellement en pays familier. Le processus est long. De ce point de vue, rien ne se fait en solitude, dans un face à face entre l’œuvre et l’éditeur. Je suis accompagné, c’est-à-dire influencé, par une quantité de gens ou de choses, d’événements, accompagné par l’écrivain lui-même, par ses livres antérieurs, par le temps qui passe et me fait changer d’avis, par mes doutes mêmes, etc… Ce que je veux dire, c’est qu’on ne choisit jamais seul. On peut se le faire croire. Mais on est toujours accompagné.
Qu’est-ce qu’éditer, si cela ne repose pas sur un choix ? Bien sûr je finis par garder des textes et en écarter d’autres. C’est le résultat, obligatoire, d’une sorte de sélection naturelle entre ce qu’on a envie de garder à côté de soi et le reste. Mais c’est la surface des choses. Editer, se situe bien en amont de cette décision ; éditer c’est d’abord une attente, un guet, une dérive, comme on voudra ; on lit comme on voyage, lentement, si possible à pied, et l’on s’efforce de regarder autour de soi ; les paysages qu’on découvre sont des textes. Editer est dans ce déplacement. Il faut que je me sente en mouvement, voyageur, et non pas juge, pour choisir un texte. Imprimer, vendre, se dire éditeur vient bien après.

TàC : Tu as réédité le livre de Jean-Pierre Chambon, Matières de coma, ainsi découvertes et redécouvertes se côtoient. Je suppose, un élan d’édition, éditer ce qui te touche ?

Peu importe qu’un livre ait été écrit hier ou il y a 30 ans. La Mémoire écorchée de Michaël Glück, comme Matières de coma sont devenus des livres inaccessibles au public. Epuisés, comme on dit. Dans une certaine course coûte que coûte à l’originalité, au nouveau, on oublie souvent de rééditer. On parle de l’obsolescence programmée des objets de notre société de consommation. Il faut inclure le livre dans ces objets : il ne se détériore pas, mais le temps de crédit qui lui est inconsciemment accordé est très bref. On veut du nouveau, qu’on soit lecteur ou éditeur. Beaucoup de très bons livres sont en danger de disparaître. Hier comme aujourd’hui. Beaucoup de très bons écrivains. C’est sans doute normal, tout doit finir à la trappe, mais si l’on peut retarder un peu l’échéance, ce n’est pas plus mal.

TàC : Tu as donc maintenant trois collections, qui n’ont d’ailleurs pas vraiment de noms, les livres de la collection courante (poésie), qui sont des livres de 50 à 120 pages ; les cahiers, qui présentent chacun un unique poème d’un auteur et les livres et cahiers peints, qui associent poètes et peintres. En ce qui concerne ces derniers, est-ce que cela signifie que la confrontation des arts est importante selon toi et en quoi ?

Oui, important le dialogue, ou l’écho, davantage d’ailleurs que la confrontation. Tout est poreux, rien n’est hermétique, reclus sur soi-même. Le théâtre, qui est mon métier, n’existe que par la collaboration d’arts et de techniques complémentaires. L’édition est en soi le lieu d’une rencontre et d’un dialogue : entre l’éditeur et l’auteur. Tout se fait, tout se crée au lieu des intersections, des carrefours.
Cela dit, faire des livres qui font se rencontrer une œuvre poétique et une œuvre plastique est un métier à part entière. Cela demande un temps et un savoir-faire que je n’ai pas. Je m’en suis rendu compte avec les deux premiers livres d’artiste réalisés : Pierre Dhainaut/Anne Slacik et Laurent Girerd/Jean-Gilles Badaire. Pour continuer dans ce sens, comprendre et faire évoluer le travail, il m’aurait fallu y consacrer beaucoup plus de temps que je n’en avais. Je me contente donc aujourd’hui, et plus modestement, de proposer des objets plus simples : ce sont les cahiers de la collection &, qui mettent face à face un poème et une peinture. La simplicité de ce vis-à-vis me plaît.

TàC : Et ces cahiers ? Un poème unique, inédit, présenté un peu à la manière d’une plaquette… Comment t’est venue cette idée ?

Il y a deux raisons : après quelques mois d’existence, en 2014, j’ai cherché un moyen de remercier les adhérents de Faï fioc ; car chaque année, des gens, amis ou inconnus, soutiennent notre travail en adhérant à l’association. *
J’ai d’abord pensé éditer un poème inédit pour l’offrir aux adhérents ; et puis je me suis dit qu’il était dommage d’en priver tous les autres lecteurs potentiels, non adhérents ; ces cahiers sont donc devenus d’emblée, malgré leur minceur (4 pages) des livres à part entière, avec ISBN et tirage à 500 exemplaires. Et à peine avais-je sorti les deux premiers en décembre 14 que je pensais aux suivants. Le rythme est depuis de deux cahiers par trimestre.
Ensuite, deuxième raison, il faut bien se donner de temps en temps des preuves à soi-même, de ce qu’on est, de ce qu’on fait. Le rythme de parution des livres courants me désespérait ; j’ai cédé à l’angoisse en me prouvant ainsi que je pouvais faire plus. Les cahiers sont apparus pour cela. Mais j’exagère, un peu : c’est aussi une façon de commencer à dialoguer avec un plus grand nombre d’écrivains.

TàC : Quel est maintenant le rythme d’édition ? La maison pourrait-elle faire plus ?

Avant de faire plus, il faudrait déjà pouvoir au moins dédommager, sinon payer, les quelques personnes qui pour le moment font tout bénévolement : mise en pages, site**, envois, administration…
Même si je fournis la plus grande part du travail, Faï fioc ne pourrait pas faire la moitié de ce qu’elle fait sans toutes ces personnes. Or nous n’avons aucune marge bénéficiaire ; le rythme actuel de quatre livres, huit cahiers et quatre cahiers d’artistes correspond aux recettes des adhésions, de la vente des livres courants et des cahiers, et de celle des cahiers d’artiste. (Et à condition de vendre au minimum une vingtaine de ces derniers). Pour faire davantage, il nous faudrait donc vendre beaucoup plus, puisque nous ne sollicitons aucune aide publique.

TàC : Etre éditeur, est-ce être présent sur la scène du livre : les marchés, festivals, etc. ? Est-ce important pour toi de promouvoir un livre à sa sortie via l’impulsion de lectures, etc. ?

Tout est important qui puisse favoriser la découverte et la connaissance d’un livre : les marchés, les festivals, les lectures publiques, la circulation sur les réseaux, la presse… Il faut tenter de faire le maximum, avec les moyens de temps et d’argent qui nous sont impartis : vous pouvez être invités à participer à un salon formidable, mais manquer d’argent pour vous payer le train, l’hôtel et les repas… Il faut jongler avec ça, puisqu’aucun frais ne peut (pour le moment) être remboursé. Néanmoins cette année, nous avons décidé d’être présents sur un plus grand nombre de salons : Marché de la Poésie à Paris, Comédie du Livre à Montpellier, Rencontres de Bazoches, Chapiteaux du livre à Bayssan, Voix vives à Sète, L’autre livre à Paris, et enfin Livre à part à Saint Mandé. Je ne suis pas sûr qu’il faille tout faire, mais il faut bien expérimenter pour le savoir. Et j’aimerais l’an prochain favoriser les rencontres-lectures en librairie.

TàC : Alors dans deux ans, si on se retrouve de nouveau pour un entretien dans Terre à ciel, as-tu une petite idée de comment Faï fioc aura encore évolué ? As-tu une idée des auteurs que tu vas publier ? C’est une façon d’aborder tes projets, bien sûr !

À court terme il y a trois livres en mars : Jean-Marc Undriener, Didier Henry et Eric Sautou ; et quatre cahiers d’artiste vers la même période : Valérie Rouzeau-Jean-Gilles Badaire, Eric Sautou-Thierry Le Saëc, Christophe Manon-Serge Kantorowicz, Stéphane Bouquet-Sarah Navasse...
Mais à plus long terme…
Dans mon métier de comédien, l’une des peurs les plus répandues est celle du « trou ». Ne pas savoir, ne plus savoir, soudainement. Au fond, n’est-ce pas davantage une attirance qu’une peur ? Et éditer, n’est-ce pas un peu pareil ? Je n’ai aucune idée de là où je vais, où je pose les pieds. J’avance sans visibilité, et c’est un grand plaisir. A tâtons, les mains en avant. Obnubilé. Littéralement : recouvert de nuages (dans le brouillard). Entre terre et ciel, donc.

***

* L’adhésion est un soutien financier aux éditions Faï fioc ; l’adhésion permet de recevoir des livres et des cahiers et de bénéficier du tarif préférentiel des livres d’artiste. Les adhérents sont ainsi le premier cercle de lecteurs des poètes publiés ; ils offrent aussi à Faï fioc, en conséquence, la garantie de verser annuellement aux écrivains un minimum de droits d’auteur.

** editions-faifioc.fr


Quelques extraits

Extrait de Va, Véronique Gentil

me maintenant
seul au seuil
chaque pierre (un jour) compte
le monde
que je sais moins nommer
c’est comme une corde d’eau
une corde innouable
d’heure à heure

ma bouche est lacée
je ne me tais pas
je suis tu
quelque chose m’étreint
(ça découd du bleu, des linges)
dans les nuages -
leurs cours
qu’il n’y a jamais eu de ciel
identique à un autre

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Extrait de La lumière imaginée, Dominique Maurizi

Intérieur. On ne voit pas tout de suite la lumière au commencement. Le vent souffle à contretemps.Tais-toi mon cœur, tais-toi ! Tu comprends ? Le bruit des hommes, de la nature, les miens. Je sens, j’entends et j’écris ensemble. Je suis pressée, pressée. Et là loin devant moi, en moi, le sourire, le front et les cheveux de mon amour sous mes doigts. Doucement !n vas-y doucement. Je vois, j’entends, je sens et je touche ensemble. Seules la fièvre et la poésie provoquent des visions. Seuls l’amour et la mémoire.
Doucement, vas-y doucement !
Oui, il faut que je te dise, je ne suis pas seule à ma table, pas du tout, et pour moi tout arrive avec le vent, les arbres, avec l’été. Il y a beaucoup de bleu dans mes filets de lumière.

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Aperçu Cahier Cahier Antoine Emaz & Pierre Emptaz​

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Extrait de Matières de coma, Jean-Pierre Chambon

Fendue, la pierre est provoquée à s’ouvrir sur son écume grise, son noyau de moelle agacé par des rameaux de nerfs, par des touffes de fils, pas de minuscules brindilles au contact aussi doux que l’herbe. Du fond de son réduit aveugle, de son carcan impénétrable, le minerai perd une grappe d’œufs coagulés par le froid, lâche quelques bulles pleines d’eau, remplies de gelée ou de plasma, quelques particules de viande mauve, suave et fauve, qui s’élèvent d’un seul grouillement, détalent d’un seul coup frappé puis se rassemblent pour former un précipité ardent comme un buisson en flammes. Le vent passe, cherche son chemin souterrain, disperse chaque bille sertie d’ombre, chaque insecte de lumière, chaque trou percé dans l’air, dans l’aire molle et percée où tout passe son chemin incertain, où tout pousse jusqu’à la trappe du ciel.

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Extrait de progrès d’une éclaircie, Pierre Dhainaut

Longtemps, tu devras si longtemps attendre,
quand cependant seras-tu prêt ? Par intermittence,
à l’appel d’un nom dans la pénombre de la salle,
la voix toujours distante, tu sursautes, étranger,
tu le reconnais mal. Ce qu’ici tu viens faire,
certes, tu le sais, tu ne le sais que trop, mais qui es-tu
encore ? Au-dehors, ces visages, tu les as observés
l’un après l’autre, et puis ils sont devenus anonymes.
Chacun se réfugie en son mutisme, chacun
l’oublie, le secret des corps est pour tous le même.

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Aperçu Cahier Mary-Laure Zoss & Philippe Hélénon

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Extrait de de la terre en mémoire, Christine Girard

y avait de la terre dans mon seau il pleuvait, et alors là, j’ai oublié
comme ça avec les mots depuis, pas à pas reconstruire l’histoire, morceaux de mémoire - sur le papier coucher les ciels, perdre ma tête mes yeux dans les ciels de papier, horizon de la feuille – récit troué absence de vie, suis née ici - sur le papier coucher les ciels, perdre ma tête mes yeux sur la feuille de papier, courir les mots - reflet du ciel dans la flaque
du temps passé là, après-midi entières à fuir - refuge - à observer tout et rien dans ces flaques d’eau, mon visage, oui, mon visage qui peu à peu s’éloigne s’enfonce et disparaît sous l’eau, dans la terre, c’est étrange cette image qui se trouble et s’éteint, cette distance qui peu à peu se fait de lui à moi, de mon visage à moi, de mon visage dans la flaque à moi debout qui regarde, comme si nous étions deux, comme si j’étais deux, ou plusieurs peut-être, perdue, là, au beau milieu de la cour, dans un état - comment dire - d’absence
(…)

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Extrait de sans franchir, Armand Dupuy

Matin, l’oreille tendre, tendue – les respirations
lentes à l’étage, on n’entend pas. Poumons laissés
dans les poutres et les planches à craquer sous
le poids des peurs. Respirer la maison plus fort,
ce cube levé mais couché de pierres et de terre
montées haut. Grand calme avec – même la route
et les phrases le tiennent. On ne ferme pas les
yeux, autre chose s’est ouvert puis fermé, s’ouvre
à nouveau. Une tête charrie l’autre – travail d’usure
et de lumières sales. On voudrait respirer l’écart,
ne pas fixer mais l’aimer. Se trouver là, face
et pile perdues, le dos sur la figure ou presque,
mais calme et tassé dans ce déjà vu, dis-tu.

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Extrait de pas trace, Jean-Marc Undriener

corps et tête

on y sent amer le goût
d’aigre et de rouille

la langue épaissie
par le sale répété

rumination c’est bien ça
une manivelle aux tempes
bien huilée

machine à faire des mots

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Aperçu Cahier cahier Armand Dupuy & Ena Lindenbaur

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Extrait de la mémoire écorchée, Michaël Glück

Pas d’histoire. Des cicatrices. Des blessures que fait l’Histoire quand elle entaille avec violence un corps. Des plaies où nichent des cris.

Un peuple sans histoire. Un peuple acculé à cette étrange figure de la mémoire qui se joue dans le retour des mêmes signes, dans leurs dissolutions, dans leurs dispersions.

Rien. Des textes là où les peuples sédentaires figent jusqu’à la poussière de leurs tombeaux.

Un peuple berné par le vent. Un peuple bercé par le vent, un peuple soufflé.

Là où la voix se loge dans les langues minées, là je suis dévoyé.

Peu à peu la gorge se gonfle, suinte. De la fente cisaillée des cordes vocales les vibrations viennent percuter le devant de la bouche, forcer le passage.

(…)

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_

Extrait de présent faible, Armand Dupuy

les gestes tiennent et poussent la mémoire
ses fils d’accès – la poigne ferme tire à rebours
l’enfant cheveux d’abord d’une piscine à boudins
jaunes le tire encore deux bras lèvent et lancent
la voiture à pédales dans le talus de ronces et d’orties
la main passe couvre la bouche ses quintes lui plié
sur la chaise entre un mur et le frigo la même
main soulève son tee-shirt – les plombs font des
renflements bleus minuscules et flottent entre ses
côtes les gestes aussi retroussent le sommeil le
retournent parce qu’on le croit mort mais qu’il va
d’un pas faible vers ce qu’on appelle maison puis
qu’il est mort de nouveau dès qu’on rouvre les yeux – (…)


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courrier/manuscrits : 12, rue des jonquilles - 34070 - Montpellier / 04.67.15.19.61
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