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Editions de La Crypte

mercredi 30 décembre 2015, par Roselyne Sibille

Mini-entretien avec Martin Wable, assistant d’édition, par Roselyne Sibille

Comment est née votre maison d’édition ?

C’est une histoire qui date de 1984, une initiative de Jean Lalaude, homme de théâtre défenseur de la laïcité dans les Landes ; de Marie-Louise Haumont, romancière ; et de Marcel Saint-Martin, peintre et poète. De leurs échanges amicaux est né le Prix de La Crypte, destiné à encourager un jeune poète, puis progressivement les éditions de La Crypte. Depuis 2012 la maison compte une nouvelle équipe, et des collections variées. Elle est toujours située en face de la Crypte de Saint-Girons de Hagetmau, propice aux rencontres de poésie.

Quelles sont ses particularités ?

La Crypte est une maison qui se veut vivante et ouverte, elle compte une collection de poésie africaine, la collection Moins les murs, témoignant de la volonté plus générale de « faire tomber les murs » afin d’être réceptifs à la diversité des cultures, des opinions, des singularités que la poésie permet d’exprimer. De plus les éditions de La Crypte organisent chaque mois de juin un festival de poésie dans la ville de Hagetmau et autour de la Crypte de Saint-Girons, une manière de garantir ce partage, et de réunir les auteurs, que d’autres événements en Aquitaine, à Paris ou ailleurs permettent de rencontrer tout au long de l’année. Quant aux livres, imprimés à proximité des éditions, ils ont la particularité d’associer une certaine qualité de papier (vergeurs agréables, format confortable, larges rabats) avec des prix modestes, allant de 8 à 14 €.

Quelle idée de l’écriture défendez-vous ?

Nous disons généralement que nous aimons lorsqu’il y a « quelqu’un qui est là » derrière un texte. Les styles que nous publions peuvent être assez divers, Theombogue, poète camerounais, ne craint pas un certain lyrisme, toujours sincère ; Patrice Duret a quant à lui un style assez bref, et ludique, ; Khaled Ezzedine c’est simple et juste, très différent.

Avez-vous plusieurs collections ?

Nous comptons actuellement quatre collections qui sont les suivantes :
Les Voix de la Crypte : une collection destinée à des poètes d’expression française.
En bref : une collection destinée à des textes courts : nouvelles, contes, aphorismes, etc.
Le Prix de la Crypte : un prix littéraire qui consacre un jeune poète de moins de trente ans, jamais publié (Valérie Rouzeau, Éric Sautou y ont notamment publié leurs premiers recueils).
Moins les murs : une collection qui se veut le porte-voix des poètes francophones qui s’engagent par-delà les frontières à faire vivre la langue et la poésie, comme présentée ci-dessus.
Nous réfléchissons également a une collection de textes critiques et d’essais autour de la poésie.

Comment choisissez-vous les textes que vous publiez ?

Il existe un comité de lecture comptant une dizaine de membres se réunissant régulièrement. Le comité pour le Prix de la Crypte en compte une quinzaine, aux goûts et professions variés.

Quel est votre meilleur souvenir d’édition ?

Ils sont nombreux, la Fête de La Crypte 2015 faisait partie de ces chouettes moments conviviaux.

Et le pire ?

La première maquette de livre peut-être, faute de compétences.

Des projets, des publications à venir ?

• La Fête de La Crypte 2016, ou Festival Moins les murs, qui aura lieu les 25 et 26 juin prochains
La nuit peut venir, de Marie Cazalas, qui sort le 16 décembre 2015 à l’occasion d’une rencontre à la médiathèque de Mugron
Une vie pour Camille, de Gabriel de Richaud, qui paraît en décembre, un extrait est déjà disponible sur YouTube
• Le Festival Expoésie de Périgueux du 3 au 12 mars 2016
• Le marché des Chartrons de Bordeaux les 12 et 13 mars 2016
• L’Escale du Livre de Bordeaux du 1er au 3 avril 2016
• Les Rencontres à Lire de Dax du 22 au 24 avril 2016
• Le marché de la poésie en juin 2016
• Le festival de Sète en juillet 2016
• Et d’autres publications à venir parmi lesquelles des livres de Fabrice Farre, Florent Dumontier, Pierre Saunier, Stanislas Cazeneuve…
• Et d’autres événements à venir que nous programmerons en Aquitaine, à Paris, en Auvergne ou ailleurs…


Extraits

Et voilà la pluie
Sur les berges du fleuve
Si vite
Que s’étouffe
Le cri du tisserin
Et plus haut
Qu’aucune trace
Dans le ciel d’une saison
Et cela qui monte
En vrille
Et fuse d’entre
Les frondaisons
Du vieil acacia
On oublie à force
Que c’est les morts
Qui passent
D’une frontière à l’autre
Dans le vent déchaîné

Khaled Ezzedine, La Saison des pluies, 2014

La route est longue les heures sans fin
quelque chose se pressent dans les lointains
je l’attends je l’espère je le guette je l’implore je ne le vois pas je l’imagine

Quelque chose se devine
dans l’air dans l’esprit
condensation du ciel
idée surgie de la brume des pensées

La route est longue les heures sans fin
le jour est noir comme la Toussaint
un pan de montagne lève son ciel de terre c’est la nuit
un monde m’étreint et ferme les yeux sur moi

François Graveline, Attractions terrestres, 2014

tes doigts mouillés
couscous poisson
arêtes sacrées
ta joue citron
et sous les pives
22e chambre
dessous les eaux

Patrice Duret, Digicode Songs, 2014

Lâche, sa jupe. Amincies, ses hanches. Noire, sa jupe. Blanches, ses hanches. Japonaise, sa jupe. Muettes, ses hanches. Mate, sa jupe. Amantes, ses hanches. Austère, sa jupe. Adultères, ses hanches. Plissée, sa jupe caresse ses hanches, ses cuisses et ses mollets à chaque pas. Plats, les plis de sa jupe. Pleines, ses hanches. Amples, son bassin et ses seins. Talaire, sa jupe. Lâchés, ses cheveux qui tombent presque sur ses hanches. Tombée, sa jupe. Nues, ses hanches.

Sylvie Marot, Lisianthus, 2015

Ô Éternité,
J’ai mal à croire
Que demain ne viendra jamais…
Et pourtant
Tout autour de moi
Il n’y a que l’espoir
L’espoir d’un demain radieux
D’un demain mieux qu’hier
D’un demain mieux qu’aujourd’hui…
Ô Éternité,
J’ai mal à croire
Que demain est un mirage
Que demain ne viendra jamais…

Theombogu, Demain ne viendra jamais, 2014

Saison d’un arbre
Qui se cache sous ses feuilles
D’ici
Avec l’aube
Je vois un paysage
Ajustant ses longes
Et c’est avec le vent qui se lève
Que je devine au sens des nuages
Que s’inverse
Mon départ

Louis Raoul, Poèmes du visage derrière la fenêtre, 2014

Dans le roucoulement tropical
De nos matins d’angoisse
Les haleines ancestrales
Reviennent visiter les âmes
Pour murmurer aux oreilles du présent
Les larmes qui barbouillent l’histoire

Les mots portent des ecchymoses perfides
La mémoire de l’oubli
Se déploie comme l’appel d’un chant majeur
Arraché à la douleur

À la crête de nos larmes mûrit le lendemain
Des rêves broyés

Il défile devant nos bouquets de rêves
Le vent des hiers dissonants

Jean-Paul M’Bello Tooh-tooh, Cahier d’un détour au pays fatal, 2015


La route était cassée. Il n’y avait que le soleil pour, dans ma fatigue, la faire réapparaître. Je levai la tête enfin, j’écarquillais les yeux, des nappes de brumes blanches. Il s’était déjà passé vingt minutes, et mon effort se relâchait devant les hauts brins d’herbe. Je m’assis devant le spectacle que je n’osais voir. Enfin je vis chacune de ces fleurs, je dus baisser les yeux. L’arbre était devant, sa grande ombre, mon corps. Je voulais, et je voulais devant toute la douleur de la terre, je ne pouvais rien dire cependant. Bientôt je ne contenais plus que mes jambes, qui me tenaient assis, devant lui.

Martin Wable, Prismes, 2014. (Prix de la Crypte - Jean Lalaude)


de temps en temps il y avait.

lentement de sa voix ralentie il y avait
dans son questionnaire une partie facultative

_________________elle écrivait - il ne sait plus pourquoi -
_________________confrontation de force .

je me souviens

il y avait au fond de la classe à droite
une porte cassée dans un coin enfoncé du mur

Maël Guesdon, sorgue, 2013. (Prix de la Crypte - Jean Lalaude)

(Page élaborée avec la complicité de Roselyne Sibille)


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