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C’était septembre | Jean-Claude Coiffard

dimanche 23 février 2014, par Cécile Guivarch

Ce recueil est une émouvante illustration de la citation de Jacques Laurent que le poète pose en exergue : « À partir d’un certain âge le souvenir est un labyrinthe où il faut accepter de s’égarer. »

Mais, les mots de Jean-Claude Coiffard ne s’égarent pas, ils nous prennent par la main pour nous conduire sur un chemin de mémoire et d’intériorité, en un rythme « anaphorique » qui berce les souvenirs ; comme dans une chanson douce, le monde de l’enfance, entre ombre et lumière, éclaire le présent du poète :

« C’était septembre cette année-là (…)
c’est toujours septembre…
 »

En ce début 2014, Jean-Claude Coiffard rend un bel hommage à tonton Eugène, soldat en 1914, un siècle déjà ! et l’on écrit pour ne pas oublier :

« et toi Verdun
à la baïonnette…
………………….
on a perdu ta canne
sculptée
des oiseaux des oiseaux des oiseaux
sculptés dans les tranchées… »

Le poète lui aussi sculpte, non pas dans le bois, mais dans le silence ; dans le silence, il sculpte des mots sortis « de leur trou », sortis « de leur nuit ».

Avec les mots, tout se mêle, s’entremêle, la guerre de tranchées et la guerre d’Algérie ; la canne de l’oncle perdue peut-être dans le jardin… le jardin où le poirier devient « Giacometti végétal »….L’oncle se meurt, l’oncle est mort et la sirène de l’usine :

« hurle et râle
et son cri
dans la chaire
comme un clou dans la chair
quand le cancer emporte l’ouvrier de Paimboeuf
… ».

On porte et toujours emporte avec soi ses morts ; Jean-Claude Coiffard le sait bien qui porte sa mémoire :

« comme un clou
dans la tête
… ».

Le souvenir de l’oncle bien présent, des années plus tard, sous le ciel de Venise, Venise « une médaille au cou du ciel ».
L’enfance toujours revient :
«  comme un oiseau
qui bat dans les bras de la mémoire
… ».
Avec ses :
«  fantômes qui marchent
sur les galets
et qui nous quittent comme ça soudain
un beau matin
sans crier gare
… »

D’une séparation à l’autre, tout reviendra sous le ciel de Venise, sous le ciel de Venise le poète se souvient du ciel de Paimboeuf :

« son ciel à faire mal…
son ciel immobile
comme une larme
qui brille
immobile
au bord de l’Océan…
 »

Une larme que seule la présence de la femme aimée peut effacer, une larme qui peut alors se faire douceur, comme une perle « qui roule entre les doigts ».

___

Ghislaine Lejard


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