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Au large du Sénégal | Claudine Bertrand

mercredi 30 avril 2014, par Valérie Canat de Chizy

Au large du Sénégal, Claudine Bertrand, poésie, illustrations Michel Mousseau, Éditions Rougier, collection « Ficelle », France, 2013

Avec son livret Au large du Sénégal enluminé par une chaîne de plus de deux mètres d’îles en papiers gouachés, Claudine Bertrand part de nouveau en Afrique. C’est sous l’égide de Senghor et de son impératif " Écoute le silence… la voix de ton cœur " qu’elle écrit ses pages colorées.

On y retrouve l’écriture sobre et silencieuse de la poète et cette économie de moyens suffit à honorer un continent qui depuis longtemps l’inspire et dont elle parvient à rendre le mystère avec notamment la présence de " L’inconnu / Aux lèvres sans nom ".
Avant lui elle a déjà évoqué " la poussière des ancêtres " et " L’homme de l’île… Bougie en main " qui " interroge / La fuite des choses ". Mais heureusement contre le temps qui passe le langage est une solution pour " l’homme nomade " et pour la poète elle-même.

Ainsi, dans l’ensemble du recueil, la magie des mots qui, à un moment, culmine avec celui de " renaissance ", nous emporte-elle tant elle a un écho dans le cœur et l’imaginaire du lecteur.
Dans le même temps des métaphores font choc, bien que discrètes, comme par exemple " Avec pour malle / Ses délires / D’images / À profusion ".

Cette poésie est remarquable également par son rythme qui, avec ses brèves strophes coupées en deux par les bandes aux couleurs de l’Afrique, mime les " forces incantatoires " du chant " des oubliés-de-la-mer ". Y participent aussi des allitérations fréquentes et audacieuses teintées parfois d’humour : " L’alizée zèbre / Tout passé ", " Darkman à Dakar ". Plus loin on s’émerveille de lire : " Une matinée bleue / Comme mangue / Tenue dans une main / Me mystère / Jusqu’ à l’origine des gestes ". Et tout un vocabulaire concret colore une poésie qui, ici, se veut réaliste et témoigne de l’expérience de la voyageuse : " arbre scarifié ", " moutons et chèvres ", " ébène ", " encens ", " gris-gris ", " breloques ", " paniers " etc.…

À toutes ces trouvailles s’ajoute un jeu avec la langue qui va jusqu’à faire verbe un substantif dans un cri empathique conjugué à la première personne : " Et j’Afrique ". Une véritable jubilation est bien ici ressentie par celle qui a conscience de la servitude de " sa peau américaine ".

Éloge donc dans ce dernier opus de tout un continent, de ses joies qu’il faut prendre-pour-soi, de sa musique et de son art brut.

Femmes, hommes, animaux, danseurs, marabouts, poètes et musiciens, tous gagnent à être connus et méritent le chant d’honneur de Claudine Bertrand chavirée et " interdite " par cet " autre ailleurs ".

France Burghelle Rey


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